--Jacques Chirac… La belle histoire

Jacques Chirac… La belle histoire

La belle histoire : Edito de Témoignage Chrétien du 3 octobre sur l’hommage rendu à Jacques Chirac, signé par Christine Pedotti.

« Il est encore plus grand mort que vivant. » Ces mots sûrement apocryphes, prêtés au roi Henri III contemplant le cadavre du duc de Guise, viennent à l’esprit devant le dithyrambe continu qui a envahi journaux, radios et télévisions dès l’annonce de la mort de Jacques Chirac.

Les morts en effet semblent toujours plus grands et nous nous laissons volontiers aller à oublier leurs faiblesses, et même leurs fautes, pour ne retenir de ceux qui quittent ce monde que le meilleur d’eux-mêmes. Considérons qu’il s’agit là d’une loi du genre qui vaut aussi bien pour l’oncle Gaston et la cousine Denise que pour Jacques Chirac. L’honneur dû aux morts est une chose, en revanche le boniment sur l’hommage unanime du peuple de France est, lui, un mensonge pur et simple, ce qu’on nomme maintenant de ce mot anglais bien utile de « fake ». Le « fake » ne désigne pas le faux au sens d’inexact ou d’incorrect mais le frauduleux, le truqué, le fallacieux.

Regardons-y de près : les « milliers de personnes » qui firent la queue aux Invalides sont une file d’attente comme on en voit aux entrées des grandes expositions. Le mouvement est lent, l’attente est longue, mais on ne se bouscule pas. Et, ce lundi, sur le trajet du cortège funèbre, il n’y avait guère que les badauds ordinaires du boulevard Saint-Germain. Et, place Saint-Sulpice, point de foule non plus. Pour autant, les télévisions n’ont cessé de parler d’un immense hommage populaire, contre le témoignage de leurs propres caméras.

Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.

Pendant ce temps, l’agglomération rouennaise suffoquait sous l’effet d’une épaisse fumée puante dans la plus totale indifférence et la procédure d’impeachment engagée contre Donald Trump passait à la trappe. Peut-on encore croire que nous sommes « informés » en ces jours de Chiracomanie délirante ? Retenons aussi qu’on aura beaucoup répété sa phrase « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », prononcée à Johannesburg en 2002, au point d’en faire un nouveau prophète de l’écologie, bien que ces mots ne furent suivis que de peu de gestes. Ne boudons pas notre plaisir ; devant l’urgence, toutes les alertes, tous les rappels comptent. Mais observons quand même que quelques mots d’un grand mâle blanc dominant pèsent plus que l’engagement d’une jeune fille autiste honteusement raillée, qui pourtant ne dit rien d’autre.

Christine Pedotti

Contact : contact@motsenliberte.fr

 

Je réagis à cet article !