--Charles et Séraphin, la raison et le cœur

Charles et Séraphin, la raison et le cœur

Le cœur n’y est plus, la raison a pris le dessus.
Au fil des années, Charles est devenu aigri.
A force de vouloir toujours avoir raison, il s’est brouillé avec beaucoup de monde.
Il fait des démonstrations sur tout. Ses jugements sont sans appel.

Il n’y a jamais rien qui recueille son assentiment.
Il a toujours quelque chose à dire et surtout à redire.
Et comme la perfection n’est pas de ce monde, il a du grain à moudre.
La raison étouffe les élans de son cœur et de son imagination.

Le calcul systématique est devenu sa raison de vivre,
Alors qu’il faudrait mettre tout son raisonnement au service de son cœur.

Nous baignons dans une civilisation où la raison a pris une importance primordiale.
Certes on ne peut pas « gober » n’importe quoi.
Mais la raison seule ne suffit pas.
Il y a une dimension en nous qui appelle à la tendresse.
Tout ne peut pas se démontrer.
Et l’amour est quelquefois bien déraisonnable.

Dans chaque homme il y a un brin de folie, d’insouciance et de confiance.
Qui ne demande qu’à être converti en bien-être, en joie et pour les plus habiles en bonheur.

Chez ceux qui ont réussi,
Le cœur, l’amour et la passion
Ont pris au final le pas sur la raison et le calcul.
Ils ont réussi à vivre. Réussi à rire.

Le cœur de Séraphin

Séraphin ne connait pas Charles.
Il n’a pas ses soucis, ni son passé, ni ses blessures.

Séraphin est, pour sa part, encore enfoui dans le sein de sa mère.
Un jour, il perçoit à travers la paroi de son ventre, une voix.
« On ne voit bien qu’avec le cœur »
Répéte la voix de la maman à sa petite fille assise à ses pieds.
Cette voix résonne dans tout son être comme si elle s’adressait aussi à lui.

Séraphin qui se prépare à un atterrissage prochain, est perturbé par cette découverte.
Les petits globes en haut de son visage ne serviraient donc qu’à guider son cœur ?
Ce n’est pas avec eux qu’il verrait le mieux ?
C’était donc pour ça que son cœur s’était mis à battre,
Bien avant que ses yeux ne s’ouvrent ?

Qu’allait-il découvrir quand sa maman se mettrait à pousser ?
Qu’y avait-il dehors ?

Tous les soirs vers 20 heures le silence se fait.
Une voix anonyme annonce les guerres et les grèves,
Les heurts et les malheurs, les maladies et les épidémies.
Alors, il devine que quelques vraies galères l’attendent.

Ses petites oreilles fonctionnent déjà à merveille.
Les messages reçus ne sont pourtant pas encore arrivés à le décourager.
Séraphin rêve de se lancer malgré tout dans l’aventure.

Peut-être, se dit-il, qu’on n’entend bien aussi qu’avec le cœur ?

Rassuré, Séraphin prend alors son petit pouce dans la bouche.
Il n’a pas l’âge de raison mais il sait qu’il aura le cœur à sauter dans la vie.

Norbert MOUIREN

L’idée de ce texte m’est venue d’une homélie récente d’Adrien. Un amical salut à lui… 

Contact : contact@motsenliberte.fr 

Illustration photo : Sandra HUGUES

3 Commentaires

  1. Françoise lempidakis 10 juin 2018 à 09:30 - Répondre

    Deux mondes à faire cohabiter, ses espérances et ses réalités

  2. jy simon 17 avril 2018 à 18:18 - Répondre

    Eh béh, papy… un coup de nostalgie?
    Je te suis toujours avec beaucoup de plaisir.
    amitié
    jy

  3. LA MALLE AUX TRESORS 15 avril 2018 à 21:20 - Répondre

    De Charles au petit prince……Une immensité,… et surtout beaucoup à réfléchir..mais que ce texte est compliqué !…..Il fallait trouver la photo.et je trouve que tu as bien su la trouver….La photo de la petite Shai-li illustre bien ce texte.

Je réagis à cet article !