---Ne nous laisse pas entrer en tentation

Ne nous laisse pas entrer en tentation

Les évêques de France décident d’une nouvelle traduction de la prière du « Notre Père ». Depuis décembre 2017, les catholiques ne disent plus « ne nous soumets pas à la tentation » mais « ne nous laisse pas entrer en tentation ».

J’ignore le temps passé par les évêques à se mettre d’accord sur une nouvelle et énième traduction du « Notre Père ». Mais force est de constater que la docte assemblée épiscopale vient d’accoucher d’une souris. Elle n’enlève pas l’ambiguïté dans ce nouveau texte, sur le prétendu rôle de Dieu.

Laisser penser que Dieu pouvait nous tendre quelques pièges en nous soumettant à la tentation, revenait à nier l’existence d’un Père aimant et bienveillant. Mais, laisser croire maintenant que Dieu aurait le pouvoir de nous laisser ou pas « entrer en tentation » n’est guère mieux et remet en cause l’idée que Dieu nous a créés libres.

L’exercice de la liberté nous amène à choisir chaque jour entre le bien et le mal. Notre vie ne se passe pas dans un cocon dans lequel Dieu nous garderait à l’abri de toute tentation. Sans compter qu’il y a eu dans l’esprit de certains clercs, la hantise des tentations lubriques. Et l’obsession persistante chez eux de superviser la vie affective et sexuelle de chacun.

L’esprit et la lettre

Dieu nous a créés libres donc susceptibles d’être tentés. Tentés de renvoyer l’étranger plutôt que de l’accueillir, tentés par le pouvoir plus que par le service. Tentés d’amasser plutôt que de partager, tentés par la rancune plus que par le pardon.

Dieu n’a pas le rôle que ces chers évêques voudraient lui donner de nous empêcher d’entrer en tentation. Dieu nous a donné la vie… Et la vie c’est tentant ! Non ?

En outre, s’attacher à traduire un texte – en grec dans les écritures saintes – qui n’est probablement pas sorti tel quel de la bouche de Jésus qui parlait en araméen, pose le problème d’une certaine dose d’interprétation.

Il aurait été plus conforme à l’esprit du message, de conclure simplement le Notre Père en disant :
Donne-nous notre pain quotidien (et du travail pour nous permettre de le gagner dignement), pardonne nous nos erreurs (parce que notre liberté nous entraine à nous tromper), comme nous les pardonnons aux autres (parce que c’est ça l’amour) et délivre nous du mal (car à la fin, c’est le bien qui triomphera).

Tout y était : le don, le pardon et la victoire finale du bien. Et la messe était dite. Mais pourquoi faire simple ?

Dieu que l’Église est compliquée pour montrer le chemin de l’amour !

Norbert MOUIREN

Contact : contact@motsenliberte.fr

 

5 Commentaires

  1. Joselet Mireille 18 février 2018 à 17:53 - Répondre

    De toute façon, je suis certaine qu’on continuera à réciter le Notre Père comme nous l’avons appris et que toutes ces complications ne font qu’éloigner les gens de l’essentiel.

  2. Catherine Fonte 14 février 2018 à 19:40 - Répondre

    Je souscris 100% à ta conclusion , « Dieu que l’église est compliquée pour montrer le chemin de l’amour »!

  3. Joël 12 février 2018 à 13:03 - Répondre

    Bien d’accord avec toi Norbert. Et avec Bernard : la tentation n’est ni mal ni péché en soi. On pourrait suggérer dans le Pater N que Dieu nous aide à sortir dignement des pièges de la tentation. Un peu long peut-être …

  4. Michel O 5 février 2018 à 11:49 - Répondre

    Je te suis assez facilement dans tes propositions. Ces changements de textes semblent très importants pour certains et motivent de longues discussions « entre soi » mais ces discussions vont-elles permettre d’aller plus loin dans celles qu’elles devraient sous-tendre et que tu évoques à la fin de ton texte ?
    « Donne-nous notre pain quotidien (et du travail pour nous permettre de le gagner dignement), pardonne nous nos erreurs (parce que notre liberté nous entraine à nous tromper), comme nous les pardonnons aux autres (parce que c’est ça l’amour) et délivre nous du mal (car à la fin, c’est le bien qui triomphera. »
    Et je ne suis pas certain que ces discussions aient permis de convaincre un seul de ceux qui se sont éloignés de l’Église et de l’église, d’y revenir.
    Mais c’est là un autre sujet.
    Amitiés
    Michel

  5. Bernard Poirée 3 février 2018 à 12:11 - Répondre

    Bonjour cher Monsieur,
    Vous voyez clair et écrivez des choses justes.
    Voici mon idée sur cette question, idée qui vous rejoint, excepté la mauvaise humeur.

    La tentation dans le ‘Notre Père’ (le 20 décembre 2017) :
    Jusqu’à décembre 2017, le texte du ‘Notre Père’ est le suivant “ne nous soumets pas à la tentation” choisi dans la plupart des traductions des Evangiles ; dans la traduction de Chouraqui, c’est “ne nous fais pas pénétrer dans l’épreuve” (Matyah 6/13, Loucas 11/4) et, avant le Concile de Vatican II, c’était “ne nous laissez pas succomber à la tentation”.
    L’Amour divin est infini. Pour ne pas sembler imputer à Dieu l’intention de pousser quiconque à la faute ou au péché (‘ne nous soumets pas’) et pour suivre les traductions anciennes des textes originaux, les théologiens ont adopté la version “ne nous laisse pas entrer en tentation”. Or, avec le Christ, la réalité humaine apparaît différente, contrastée.
    Certes, il n’y a pas de péché sans tentation. Mais celle-ci, venant d’ailleurs, à l’inverse du choix conscient d’y céder, n’est ni mal ni péché : poussant au péché, elle n’en est pas.
    Cette version du ‘Notre Père’, priant d’épargner, d’ôter les entrées en tentation aux chrétiens, apparaît alors injuste, irréelle, non virile ; les méchants seuls seraient à tenter, pas les justes, alors que tentations et mises à l’épreuve sont vraiment le lot de tous, justes et injustes : ‘Tous seront salés par le feu’ (Marc 9/49) affirme Jésus, car sans tentations, sans luttes, sans épreuves, il n’y aurait pas non plus de mérite, de fidélité, de Foi, d’héroïsme, de gloire. Si Jésus, les Prophètes et les Apôtres furent tous tentés, ce ne fut pas pour rien, quand, chaque jour, à chaque instant, tous, nous le fûmes, le sommes et le serons aussi.
    En outre, nos tendances au mal et nos convoitises cachées offrant à nos propres tentations un champ d’initiative immense, dans cette complicité éventuelle avec Satan et le Mal, le Seigneur n’est jamais inactif, lui non plus. La voie de la faute choisie, pour qui dirige l’Histoire du monde, le péché est l’occasion formidable d’agir sur certains penchants de nos âmes. Il est écrit, par exemple, ‘Yahvé endurcit le coeur de Pharaon’ (Exode 14/8) ou encore ‘Va et dis à ce peuple : vous entendrez et vous ne comprendrez point etc.’ (Isaïe 6/9) : “peut être, un jour, verrez-vous la nécessité d’un retour sur soi, vers votre cœur et votre Dieu !”.
    Autre exemple, lors de l’arrestation de Jésus au début de sa Passion, la tentation par la terreur du triple reniement de Simon-Pierre fut le moyen d’une grande habileté de Jésus. Encore un mensonge et Simon-Pierre entend le coq chanter, la prédiction de son acte lui revient à l’esprit, avec le souvenir de son amour profond pour Jésus et de sa promesse non tenue. Une insoutenable contrition le saisit pour toujours et le projette dans sa nouvelle mission : ‘Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères.’ (Luc 22/32). Ainsi les reniements de Simon-Pierre contribuèrent-ils à l’édification de l’Eglise par un courage exceptionnel.
    Pour cette pédagogie de l’Esprit Saint, épreuve et tentation sont donc inévitables et le danger d’y sombrer à jamais demeure, d’où le souhait évident, dans la prière de Jésus, de n’y pas être tout submergé, soumis, asservi sans recours à la perte totale de liberté ou d’arbitrage, abaissé par un écrasement du jugement personnel impossible à surmonter.
    C’est pourquoi, l’interprétation étant ouverte, on peut prier ainsi “Ô Seigneur, si la tentation survient, ne nous abandonnez pas, ne nous lâchez pas la main, ne nous quittez pas seuls, sans moyens, sans ressources, sans clairvoyance face à des puissances du Mal disproportionnées à nos forces, envoyez-nous plutôt un petit chant de coq !” et préférer le sens “ne nous délaisse pas dans la tentation”, de même qu’un proverbe dit qu’à la brebis tondue Dieu mesure le vent. Ô miséricorde divine ! Ô profondeur du ‘Notre Père’ !

    Amicalement,
    Bernard Poirée

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