--« Son association l’a tuer ! »

« Son association l’a tuer ! »

Le téléphone sonne. C’est Christiane. Il y a longtemps que je ne l’ai plus eue au téléphone. Après plus de 10 ans au service des plus démunis dans une grande association, elle vient de se faire pousser vers la sortie. Elle n’est pas loin de la dépression. « Son association l’a tuer ».

Christiane me relate à travers son histoire la prédominance de certains salariés sur les bénévoles. Les bénévoles passent, les salariés restent. Ils sont les « sachants » de l’institution qu’ils sont chargés de préserver, contre vents et marées. Faisant fi si besoin, des exigences de la mission.

Ils font comme si la maison de cette grande association de bénévoles leur appartenait et s’en sont attribué la garde. Comme Christiane, d’autres bénévoles en responsabilité sont passés par là, eux aussi. Tous ont été sacrifiés sur l’autel de la raison d’état. La triste histoire se répète.

Les bénévoles qu’on met si souvent en avant – pour faire bien – sont ainsi relégués au rang de faire-valoir. Est-ce bien ? Est-ce mal ? C’est ainsi et peu importe alors les valeurs véhiculées par ces belles associations. C’est la lutte pour dominer l’autre, la lutte pour le pouvoir qui là aussi prévaut. Quelquefois… dans le meilleur des cas. Souvent… si on n’y prend garde.

On devrait avertir ceux qui s’engagent, des périls qui les guettent quand les missions se prolongent. Les portes de sortie ne sont pas aisées à trouver. Les talents de chacun passent alors en pertes et profits. Les empêcheurs de tourner en rond sont discrètement éloignés. Oubliant les vertus du dialogue, on doit avant tout sauver l’institution et ses salariés.

Il faut éviter de se retrouver devant les prud’hommes ; ça la « foutrait » mal pour une association qui dit se battre pour un monde plus juste et plus fraternel. Alors on génère de la souffrance qu’on disait vouloir apaiser. On produit de la rancœur, alors qu’on prétendait être dans le camp de la Paix. Dommage !

Le but et les moyens, l’utile et l’indispensable

On confond souvent le but et les moyens ; la mission et l’institution.

Toutes les institutions peuvent être tentées par cette erreur d’aiguillage. Les syndicats quand ils oublient l’intérêt des salariés et passent leur temps à soigner leur « chapelle », leur influence et leur place sur l’échiquier de la représentation. Les élus politiques qui oublient bien vite ceux qu’ils sont censés représenter, n’étant obsédés que par leur seule réélection. Un élu me disait récemment ne voir dans la personne qu’il rencontrait qu’un électeur. L’Eglise aussi qui oublie parfois qu’elle n’est qu’un moyen et pas le but final. Un moyen pour véhiculer un message d’amour, sans avoir à être crispée, voire paralysée par la fuite de ses ouailles qui ne s’y retrouvent plus.

C’est la même chose chaque fois que l’on perd de vue son horizon, son idéal et ses rêves, en se focalisant seulement sur la vision sécurisante de son nombril ou de son miroir.

Fort de différentes expériences, j’aime bien dans les engagements que j’accepte, me dire et me redire pour m’en souvenir le moment venu, que je suis peut-être utile un temps mais surtout pas, indispensable tout le temps. C’est le message que j’ai délivré à Christiane pour qu’elle soit fière de tout ce qu’elle a fait, même si une directrice de passage a feint de l’ignorer.

J’ai rencontré, fort heureusement, de nombreux salariés et bénévoles de ces grandes associations qui savent travailler en complémentarité et en bonne intelligence. Ils mettent en pratique au quotidien l’écoute et le respect mutuel, pour le bien commun et le service des autres.

Norbert MOUIREN

Contact : contact@motsenliberte.fr 

Illustration photo : Michel BONNIFAY

5 Commentaires

  1. Françoise lempidakis 3 mai 2018 à 23:14 - Répondre

    Lutte des ego encore et toujours

  2. Catherine Pauchon 27 mars 2018 à 18:27 - Répondre

    et oui, l’histoire se répète, malheureusement…

  3. René Galvez 22 mars 2018 à 10:13 - Répondre

    Mon sentiment c’est que ce que tu décris avec tes mots choisis, cache en fait une pathologie. C’est la même maladie qu’on retrouve dans toutes les formes « d’association d’hommes – et de femmes bien sur » (il ne faut ni les oublier, ni les exonérer de leur part de responsabilité). S’avancer pour « prendre » des responsabilités dénote en partie une maladie incurable qui nous frappe tous, à différents âges de notre pauvre vie. On est guéri quand on s’aperçoit qu’on n’a absolument aucune prise sur les évènements. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, c’est écrit. Je te prends un exemple: durant la campagne électorale j’ai tenté d’alerter une vingtaine de retraités qu’une FORCE présente, très organisée, allait ruiner le fragile équilibre social hérité des 30 Glorieuses et que les premiers touchés seraient les retraités. Personne ne m’a cru, ils défilent aujourd’hui (avec moi) dans les rues, derrière des banderoles portées par ceux qui auraient du mieux les INFORMER puisqu’ils s’étaient auto-investis du rôle de CHEF!

  4. JL Brun 22 mars 2018 à 09:34 - Répondre

    L’association doit s’appuyer sur un Conseil d’administration fort et solidaire. Avec cela, elle pourra tenir son rôle d’employeur à part entière et user des dispositions de la loi pour se séparer d’un salarié qui ne serait pas en phase avec ce Conseil d’administration.

  5. Jean-Louis Corbel 21 mars 2018 à 12:55 - Répondre

    Bien vu !
    J’ai connu des « salariés bénévoles » ou des « bénévoles salariés » (pardonnez-moi ces oxymores) qui, loin de compter leurs heures, travaillant le dimanche, pendant leurs vacances, ont contribué au dynamisme de leur structure.
    J’ai connu également des responsables d’association arrivant bien après les bénévoles et repartant avant eux, avec pour seul avantage qu’ils ne cassaient jamais leur clé dans la serrure.

Je réagis à cet article !