Jésus est né à Calais

Le TGV qui m’emmène dans le Nord Pas de Calais vient de croiser un terril.
Le passé minier de cette région raconte des journées noires de labeur et de souffrance.
Les mines sont fermées.
Mais d’autres souffrances sont venues s’installer. Ici, dans le Nord.
D’autres questions sans réponse.
D’autres solitudes sans horizon.
D’autres terrils tristes et gris.

Les voitures de police sont partout

Juste avant Calais, notre mini bus est stoppé par un barrage de police.
Véronique parlemente avec les C.R.S. Nous pouvons finalement passer.
Les voitures de police sont partout. Lumières bleues clignotantes dans une nuit hostile.
Au loin des sirènes de pompiers.
Calais vit au rythme de l’urgence.
Calais vit au rythme de la peur de l’étranger qui dérange.
Calais vit au rythme de la solidarité avec ses frères exilés.

Massés devant la grille, ils brandissent le ticket, sésame pour rejoindre le chapiteau.
Syriens, soudanais, érythréens, frères migrants, ils sont tous jeunes et souriants.
Ils savent qu’ils ne sont pas au bout du voyage, mais que cette nuit sera une nuit de trêve.

Des démunis des quatre coins du monde

Sur leurs portables qu’ils brandissent, ils ont tous reçu le même message :
– « N’ayez pas peur, je vous apporte une bonne nouvelle qui réjouira tout le peuple ».
– « Cette nuit, à Calais, dans la jungle, est né pour vous un Sauveur ».
– « C’est le Christ, le Seigneur »
.
– « Et voici le signe qui vous le fera reconnaître ».
– « Vous trouverez, sous une tente rouge, des hommes et des femmes qui chantent Alléluia ».

Calais chapiteau

Des bougies déposées sur le chemin par d’anonymes bénévoles, indiquent la bonne direction.
Bergers d’une crèche inattendue, ces démunis des quatre coins du monde rient et nous saluent.
Certains nous font l’accolade, surpris d’avoir osé venir vers nous, sans avoir été rejetés.
Intrigués et impatients, ils se pressent vers l’entrée de la tente.

Leurs visages s’éclairent.
Et si c’était vrai, si celui qui vient de naître aujourd’hui venait les sauver.
Eux, les derniers.
S’il venait les aider à franchir ce maudit tunnel, pour atteindre la terre promise.
La terre Britannique.

Sous la tente, on se congratule, heureux d’être ensemble pour l’événement.
On parle, on se raconte, on rit.
Tous n’ont pas pu entrer.
Ils sont déjà presque mille.

Sur l’estrade, la voix pure de la soprano, Laurence Bénézit, les accueille et son sourire les fait chavirer.
Puis dans un brouhaha indescriptible, Michael Lonsdale leur relit le message du portable.
Cinquante choristes et vingt musiciens emmenés par Martin Lebel,
Un chef aussi survolté que surdoué, entonnent Alléluia comme on met le feu.
Alléluia, en guise de feux d’artifice chargés de promesses.

Cette année Jésus est né dans la jungle de Calais

Les cuivres font monter la tension pour amplifier davantage encore la bonne nouvelle.
Cette année, Jésus est né dans la jungle de Calais.
Au milieu des plus pauvres qui l’accueillent par des bravos et des sifflets festifs.
Alléluia ! Alléluia ! reprennent en cœur, les bergers de tous les pays, rassemblés sous la tente.

Elle est restée attentive, discrète, le regard naturellement bienveillant.
Elle a eu un mot pour chacun et un sourire pour tous.
Transfigurée par l’événement, elle est encore plus belle.
Ambassadrice du Christ qui arrive sur cette terre du Nord, elle a pris tous les risques.
Elle a tenu son pari de faire gagner l’amour dans le cœur de ces assoiffés d’autres vies.
Elle n’entend pas les mercis qui fusent de toutes parts ni la petite voix qui lui souffle :
« Bravo Véronique ».

Norbert MOUIREN

Contact : contact@motsenliberte.fr 

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Un Commentaire

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