---Un jour, je vais mourir

Un jour, je vais mourir

Je vais mourir et je ne pourrai jamais plus ouvrir les volets,
Faire entrer le soleil dans la cuisine et jouer avec le rayon qui s’invite.
Je vais mourir et j’ai encore oublié de regarder là-bas au fond de l’horizon,
La boule rouge qui s’en va… que je n’ai pas saluée.

Je vais mourir et je n’ai toujours pas pris le temps d’écouter,
Trop préoccupé par ce que j’avais à dire. Très important ! Vital !
Je vais mourir et je ne me suis pas encore arrêté sur l’amour que tu répands dans le jardin.
Du temps, de l’eau et sans doute une pensée pour chacune des plantes qui l’ornent.

Je n’ai pas dit pardon alors que c’est du pardon que renaît la vie qui s’était arrêtée.
Je vais mourir et je confonds toujours vitesse et précipitation.
Et pourtant tu essaies de me le dire… souvent !
Je sais, tu as raison et je vais mourir sans t’avoir prouvé que tu avais raison.

Je vais mourir quand d’autres vont encore vivre et qu’il fera bon vivre.
Pourvu qu’ils en soient persuadés. Pourvu qu’ils vivent.
La vie est un ovni, une fusée, une étoile filante.
Elle est éphémère et intense.
La vie est belle et cruelle.
Elle n’est pas faite pour les vivants.
La vie c’est pour les survivants.

Je vais mourir et pourtant je vais bien.
J’ai mille choses à faire, mille, dix mille et peut-être cent mille.
Je vais mourir sans avoir été malade.
Incapable d’avoir mis fin à tout ce temps de bêtises et d’incompréhensions.

Je vais mourir comme tous ces anonymes passionnés, qui sont morts aujourd’hui.
Qui sont morts hier et avant-hier… et qu’on a oubliés.
Parce que le temps est plus fort que la mort.
Plus fort que la tristesse et la douleur de la mort.
Le temps efface tout et, bien souvent complices, nous le laissons faire.

Je vous aime

Je vais mourir sans vous avoir dit, à vous, mes petits et mes tout petits,
Combien je vous ai aimés passionnément, profondément, tendrement,
Empêtré dans des mots en liberté mais combien maladroits.
Dans des jeux de mots d’une autre époque et d’un autre style,
C’était mes mots, simplement pour vous parler, car maintenant je vais faire silence.
Définitivement. Je vais mourir. Je vous aime.

Tiens, qui me tape sur l’épaule ? Que fais tu là ?
Où veux-tu m’emmener ?
– « Viens, aujourd’hui, nous allons vivre. C’est pas loin, c’est juste là ! ».

Norbert MOUIREN

 

Contact : contact@motsenliberte.fr 

Illustration photo : Pierre GABLE

6 Commentaires

  1. Jean-Louis R 27 septembre 2017 à 08:58 - Répondre

    Le temps plus fort que la mort, sans doute.
    L’Amour plus fort que la mort, sûrement.
    Et revoilà la Transmission…

  2. Garcia Marcel 2 septembre 2017 à 11:04 - Répondre

    C’est trop triste de penser à mourir , il faut au contraire vivre intensément l’instant présent !  » l’autre temps » arrivera bien assez tôt !
    Tu vieillis Norbert et du coup tu me rappelles que je vieillis aussi …je reconnais bien là ta sensibilité.
    Passe une bonne journée

  3. Domi 30 août 2017 à 19:57 - Répondre

    Norbert, tu as le temps pour partir, vis le temps présent et surtout n’oublie pas que j’ai encore envie de partager plein de choses avec toi. Toujours les mots qui me touchent, qui m’interpellent
    Tu es à mes côtés et cela me plait et me fait du bien

  4. BRASSAUD 30 août 2017 à 17:10 - Répondre

    Très juste, très vrai! prenons le temps ce temps que Dieu nous donne! Vivons le avec nos proches et les moins proches…!

    Texte à lire et relire et méditer.

    Fraternellement Odile B

  5. Lili 29 août 2017 à 21:22 - Répondre

    Merci Norbert d’avoir si bien retranscrit tout ce que nous ne faisons pas ou ne disons car, pas le temps, trop pressé, trop occupé… Tu as raison allons vivre juste à côté !

  6. Marie Andree 29 août 2017 à 02:15 - Répondre

    Toujours passionnant émouvant et vrai merci

Je réagis à cet article !