Je dédie ce texte à mes trois relectrices, Dany, Huguette et Malou.
Elles ont permis que le bon moment de ce temps d’écriture soit régulièrement diffusé.

A trop vouloir chercher le bon moment, nous repoussons son arrivée.
Nous voulons décider et programmer alors qu’il faudrait simplement se rendre disponible.
Nous voulons forcer le cours des choses quand il conviendrait de se laisser porter :

Tel Manu qui avait préparé son sac à dos pour Compostelle.
Il avait imaginé beaucoup d’imprévus et alourdit d’autant, sa charge sur les épaules,
Pour finalement constater que le « Camino » ne se passait pas comme il l’avait prévu.
Alors à chaque étape, il renvoyait chez lui, par La Poste, un peu du poids superflu.
En même temps qu’il se débarrassait de toutes ses appréhensions et angoisses,
Il se consacrait aux bons moments réservés par la nature au détour d’un chemin,
Ou à ceux vécus avec d’autres pèlerins à l’étape du soir.

Un peu aussi comme ces bénévoles du Secours Catholique, dévoués comme j’en ai peu vus,
Qui préparaient des tables ouvertes en déployant une logistique professionnelle,
S’épuisant dans mille détails matériels autour de la table et de la nourriture,
Demandant à chacun de s’inscrire pour que rien ne manque,
Oubliant que le bon moment c’était tout simplement la rencontre,
Et la surprise de découvrir qui allait venir pousser la porte,
Sans avoir réservé comme on le fait pour le restaurant.
Le bon moment c’était de partager, surtout quand il semblait y avoir peu,
Constatant à chaque fois qu’on ne manquait jamais de rien.

Le bon moment ne se commande pas

Le bon moment est réservé à ceux qui acceptent le soleil comme la pluie,
Le vent comme la chaleur étouffante, la neige et le froid et même les orages.

Le bon moment ne se commande pas.
On peut essayer de le préparer et de semer ce qui doit le faire pousser.
Mais nous ne décidons jamais de l’éclosion des fleurs,
De la maturation des fruits et de l’ampleur de la récolte.

Il n’est jamais là où on l’attend. Il se dérobe si on le prépare trop.
Le bon moment c’est l’imprévu, la spontanéité et quelquefois même le brin de folie.

Le bon moment c’est cette réconciliation que l’on n’attendait plus.
Cette visite surprise à laquelle on ne pensait pas.
Cette analyse de sang qui redonne un peu espoir.

C’est une complicité retrouvée.
Une poignée de main dont on avait oublié la chaleur.
Un baiser dont on découvre soudain la tendresse.

Le bon moment ne s’achète pas, c’est lui qui s’invite.
Il demande pour arriver, un peu de naïveté et une touche de sobriété.
Il n’est pas écrit dans les livres même si ces derniers en recèlent d’inoubliables.

Le bon moment s’impose à chacun, simplement quand c’est le moment.
Quand il arrive c’est une joie profonde qui s’installe.
La tension disparaît et les visages affichent paix et sérénité.

Et puis, on comprend qu’on va partir, vieillir ou mourir.
Et que le bon moment, c’est maintenant.

Norbert MOUIREN

Contact : contact@motsenliberte.fr